introduction, business

Domination et soumission sont les composantes du BDSM, sigle qui signifie bondage, discipline, domination, soumission et sado-masochisme. Mais le SM (sado-masochisme= est-il si unitaire ? Le sadisme est un terme qui prend sa source dans les écrits du Marquis de Sade, le masochisme dans ceux de Sacher-Masoch. L’un diffère de l’autre, la complémentarité n’est pas tant de mise, comme le rappelle à juste titre Nouvelles tentations, exposant « la thèse de Deleuze qui pense que le sadique au sens vrai et le masochiste ne peuvent pas s’entendre, puisque le sadique se passe de l’accord des autres, tandis que le masochiste estime que sa sanction, voire sa punition, est juste » (voir également cette pageissue du dossier « Domination et soumission dans les jeux érotiques » du même site)On peut lire aussi la définition de ce sigle BDSM  sur le blog Mien au service de sa Majesté  : « il s’agit vraisemblablement d’une forme d’acrostiche double, les initiales signifiant : B/D : Bondage/Discipline D/S : Domination/Submission S/M : Sado/Masochism ». Je vous recommande la lecture de la définition apportée, plus longue que ces quelques lignes que je cite, sur le blog lui-même, ou explorer cette autre page.

triskel symbolisant le bdsm – voir cette page

Nous évoquerons dans ce dossier la D/s, mais utiliserons souvent le sigle BDSM. La D/s peut à proprement parler comprendre le bondage, que nous définirons à la suite de Wikipedia dans son article « bondage » par une « pratique érotique qui consiste à immobiliser le corps de son partenaire généralement au moyen de cordes, mais le terme peut parfois être utilisé pour l’utilisation de tout autre accessoire de contrainte », et comprendre aussi le SM… ou pas. L’amalgame est trop fréquente pour que nous ne revenions pas sur le principe : infliger une douleur n’est pas une pratique obligatoire de la D/s, ni son acceptation, sa recherche, son dépassement. Tous les soumis ne sont pas masochistes, de la douleur ne nait pas nécessairement le plaisir.

A chacun donc de s’entendre sur les pratiques recouvertes par la D/s et ne pas penser que tout va de soi. Valmont, auteur du blog Cercle O, propose ainsi un article intitulé « Le bdsm n’est pas le sm et vice-versa« , texte que je vous invite à lire pour clarifier ce point. Les commentaires qui suivent sont tout aussi éclairants sur la confusion qui existe fréquemment. Le SM, par son côté spectaculaire, serait trop souvent mis en avant pour englober les pratiques BDSM…

Pour ce qui est de la D/s, justement nommée « échange de pouvoirs érotiques » sur ce même blog Cercle O, il s’agit d’accorder à chacun un rôle particulier, de dominant et de dominé. Le dominateur/la dominatrice et son soumis/sa soumise. Le couple ainsi formé (et lorsque je parle de couple, il ne s’agit pas nécessairement d’un couple faisant vie commune, ce couple peut naître d’une rencontre momentanée, de rencontres épisodiques… bien des situations sont envisageables, de même que l’on peut envisager hétérosexualité et homosexualité) donne à chacun une place complémentaire : sans soumission, pas de domination et inversement. Cela semble une lapalissade à première vue mais il en relève un phénomène important : l’un tire sa satisfaction de l’autre. Et ne pas sauter en conclusions hâtives : le dominateur n’est pas là pour jouir impunément d’un pauvre soumis. Le soumis trouve sa satisfaction dans le service et l’obéissance. Chacun des deux partis gagne donc au jeu. (Valmont de noter « la relation bdsm est une relation égalitaire » et de s’interroger : « le bdsm pour tout le monde ?« ) A chacun ses droits et devoirs, et la position du dominant est une position responsable, à ne prendre donc pas à la légère.

Beaucoup de termes égrènent les pratiques BDSM. Nous n’irons pas donner de définitions à tous ceux-ci, tel n’est pas notre but. Pour comprendre le sens des mots utilisés (pratiques réalisées ou non, nous revenons à notre premier point pour rappeler que tout existe mais que chacun choisit ce qu’il fait, veut faire, veut accepter), nous vous conseillons de jeter un oeil sur cette page du site Bondage surfer qui présente un grand nombre d’essais de définitions ou encore le glossaire technique du site Le cercle BDSM, en complément du glossaire BDSM (pages en construction).

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Ma première approche du BDSM s’est faite par une recherche sur Internet, puisque, autant le préciser dès à présent, ces pratiques ne sont pas les miennes. J’observe donc de l’extérieur, gage d’impartialité pourrait-on dire d’un côté comme de me reprocher de l’autre cette distance et donc parfois incompréhension qui est la mienne.

Face visible de l’iceberg, le business engendré par lequel je commencerai  pour mieux le mettre de côté ensuite puisque son existence mérite d’être signalé mais revêt un intérêt plus que minime…

En l’occurrence, j’ai commencé par une simple recherche des mots « domination et soumission » sur google, ce qui nous donne un aperçu du business créé : combien de liens vers des sites marchands ? Combien de liens vers des catégories « sm – fétichisme » de boutiques remplies de dvd où sont mêlés plusieurs thèmes (domination, SM hard, fisting notamment anal…) à l’image de cette catégorie fourre-tout ?

Doctissimo, sous la plume d’Alain Giami, titre que le SM est tendance, reprenant notamment l’idée énoncée par un article de Cosmopolitan. La D/s est un terme moins connu, moins utilisé, le BDSM est un sigle dont on ne sait pas toujours très bien ce qu’il recouvre, mais il est certain que la méconnaissance ne sera que temporaire et que les « jeux de soumission et de domination » peuvent tenter plus d’un à l’avenir, comme le suggère le prochain titre de la collection Osez de La Musardine écrit par Gala Fur.

De là à créer des produits répondant à une nouvelle demande, il n’y a qu’un pas…

La marque Tease and Please propose ainsi un jeu érotique de sa gamme « Corps à coeur » orienté vers la domination et la  soumission, le « corps à coeur kinky ». La marque Maison close propose des articles pour SM soft et chic avec cordes et diverses attaches ou bandeaux, Yoba une corde-fouet gris argenté, esthétique à souhait (produit présenté dans Sensuelle n°11 à côté d’un poisson vibrant, summum de l’esprit « sextoy enfantin » : du poisson vibrant à la corde-fouet, n’y aurait-il qu’un pas ?), les menottes colorent leur fourrure ou se couvrent de plumes. On note ainsi une stylisation, appropriation d’accessoires par des boutique en ligne qui se veulent féminines et accessibles à toutes, sans esprit de choquer et parfois un peu loin de l’esprit initial…

Mais le business peut s’envisager aussi dans le cadre d’une relation dominant/dominé. Notons cette intéressante et intéressée petite annonce publiée sur un forum de fluctuat où une « belle maîtresse de 28 ans, dominatrice et autoritaire cherche moneyslave afin d’assouvir [s]es envies de domination et de dépense » La belle, « très dépensière […] cherche soumis généreux et sous [s]on emprise. » Celle qui possède un « moneyslave » est-elle la version contemporaine de la femme entretenue, de la courtisane ? Maître Déphysios apport son point de vue sur son blog : « il faut bien faire la part des choses. Vous avez des Maîtresses qui s’investissent dans leur fonction et qui donnent quelque chose en retour, une présence, une domination, un encadrement. Que ces Domina en tire un profit financier important, je suis tout à fait d’accord. Elles font payer leur savoir faire, leur prestation même si à la base, le soumis lui n’attend rien en retour. Mais il y a les autres, ces femelles, ces profiteuses, qui surfent sur la vague et profitent à fond du système et de la dépendance de leurs victimes. Elles ne s’investiront jamais dans leur rôle de Maîtresse, n’auront jamais le moindre contact physique avec leur soumis, resterons toujours cachées derrière leurs écrans d’ordinateur comme des lâches. » Un business à condamner, un autre à respecter ? Je ne trancherai bien sûr pas, à chacun de juger. Mon but est simplement de mettre en avant une activité lucrative liée (plus ou moins selon l’attitude de la « Maîtresse ») au BDSM.


une communauté ?, intellectualisme, jeux de rôles

Amenée ensuite à entrer plus en avant dans des pages non commerciales, la première idée qui m’est venue à l’esprit est le fait que le BDSM ressemblait à une communauté. Le premier point sera donc l’interrogation sur l’existence d’un « communautarisme ».

Les adeptes du BDSM auraient-ils l’esprit communautaire ? Après la lecture d’une phrase d’introduction du site vanilla-not, je me suis demandée si je n’atterrissais pas en allant sur ce « D/s web center » dans une communauté un brin sectaire. Lisez avec moi : « Welcome and welcome back. There are so many things to share. Maybe you are excited about finally meeting someone who seems so right, so like minded. You’d not be the first.  »

Et puis, il y avait cette dénomination affichée de n’être pas « comme tout le monde », symbolisée par une crème glacée dégoulinante. S’afficher avec un tel t-shirt ou string (puisque t-shirt et string sont à la vente), ne serait-ce pas regarder l’autre, le non-pratiquant (et si j’utilise un vocabulaire quasi-religieux, ne croyez pas que cela soit fortuit. Dans une discussion que j’ai eue récemment, un Dom  m’a ainsi demandé si j’étais « croyante à défaut d’être pratiquante ».), celui qui se tient en-dehors de cette forme de sexualité avec un peu de dédain ?

Plus que le mépris d’autrui auquel je ne crois guère, j’imagine plutôt la satisfaction de sortir des chemins battus. Voire la satisfaction de rallier à soi, à ses pratiques, ses goûts, ceux et celles qui jusqu’alors s’en passaient mais erraient comme des âmes en peine, ne sachant ce qu’il manquait à leur vie. Le mot d’accueil de vanilla-not est dans cet esprit d’ouverture et d’accueil, message rassurant aussi : non, vous qui arrivez ici et vous posez des questions, vous n’êtes pas les seuls à vous les êtres posées, nous souhaitons vous éclairer pour que vous puissiez découvrir cet univers et y participer en connaissance de cause. Un Dom me racontait ainsi qu’il aimait faire découvrir, initier, c’est pourquoi il participait à des « sites vanille ». C’est d’ailleurs de cette façon que j’ai croisé son chemin.

De ces dernières lignes découlent deux idées à explorer : le souci de faire connaître, d’expliquer qui me semble très fort et la notion d’initiation sur laquelle nous reviendrons par la suite.

Mais revenons à l’esprit communautaire. Le BDSM a ses lieux, boîtes de la capitale comme Le Donjon ou Cris et chuchotements, et plus récemment le Cercle de l’Orchidée noire, initialement association d’une « poignée de personnes amoureuses du BDSM » dont je note quelques phrases prises sur le site : « notre association n’ayant pas de caractère sectaire est heureuse d’accueillir de nouvelles personnes. Pour venir, n’étant pas membre il faut : 1. être parrainé par l’un de nos membres, et dans ce cas venir avec lui ou 2. faire acte de candidature en remplissant le formulaire ci-dessous. »

Si les personnes pouvant approcher du lieu sont ainsi filtrées, on peut se demander si l’esprit communautaire ne découlerait pas surtout d’une défiance par rapport aux critiques extérieures, d’une méfiance par rapport aux voyeurs qui se nourriraient d’images, jetant un oeil sur le bizarre pour mieux apprécier ensuite leur vie jugée plus saine, attirés par « l’exotique » mais jugeant les pratiquants avec l’oeil du moraliste et condamnant ce qui serait une perversion ? Dans cette optique, on peut comprend l’esprit communautaire comme un souci de protection…

Sur les sites Internet, une simple page d’avertissement à l’encontre des mineurs semble ainsi ne pas suffire. Vanilla-not propose en page d’accueil cette formulation : « If you are not yet 18, or just prefer things in your life as they are »… Le site de l’Antre exige un mot de passe qu’il faut préalablement demander à l’administrateur, la page d’accueil insiste sur des valeurs de tolérance et de respect : « La tolérance et le respect de l’autre y sont les maîtres… mots… Entre adultes consentants, parmi des gens avertis, sans jugement, sans sectarisme, le regard ouvert, nos jeux trouvent dans ce donjon leur écrin ! » La « communauté » préfère laisser de côté les personnes étroites d’esprit.

Je vous renvoie également vers ce témoignage intéressant de Maître Pierre sur sa mise en quarantaine dans sa famille, son travail, ses loisirs… L’intolérance par ignorance. D’où ses conseils. « J’assume ce que je suis et je vais continuer à l’assumer. Mais, si vous pouvez éviter cet enfer, soyez prudents. À ce jour, je cherche encore une solution pour en sortir. Rappelez-V/vous, ce que les gens vanilles ne savent pas ne les blesse pas. Je suis Pierre, Dominant en BDSM, amoureux de la musique……et malade mental pour plusieurs ».

La question de la part privée à garder se pose ou pas selon les personnalités et l’entourage de ces personnes. Voir à ce propos une conversation du forum S et M  intitulée « assumer socialement« . Socialement par rapport aux « gens vanille » ou seulement par rapport aux autres pratiquants du forum (et donc d’une communauté) ? A chacun sa réponse.

Qui dit communauté pourrait vouloir dire règles communautaires. Il y a en effet des dérives, des envies d’instituer ce qui est bon ou pas… contre lesquelles des réactions se font sentir. Plus qu’une appartenance à une communauté avec ses règles, beaucoup revendiquent la spécificité de leur BDSM, avec ses propres règles crées par eux et applicables par eux uniquement, voire leurs pratiques personnelles loin des groupes constitués. Ce qui vaut pour soi ne vaut pas pour le voisin et personne (sauf rares exceptions) ne parle pas en prophète. A ce propos, il est intéressant de consulter le texte de Maître Déphysios « Chacun son bdsm » qui me semble très instructif de la façon de penser des uns et des autres.

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Forums, blogs, tous ces sites m’invitent à penser au vu des très nombreuses questions que se posent les participants que le BDSM se nourrit de réflexions. L’intellectualisme ambiant m’a semblé une autre piste à explorer…

Plus que toute autre pratique sexuelle, la D/s, et dans un cadre plus large, le BDSM, s’explique. A cause de cette dimension hors-norme, des suspicions qui peuvent peser sur ses pratiques, de sa réputation sulfureuse ou de l’imaginaire associé, les adeptes et organisations jouent la transparence (voir page Qui sommes-nous ? du site de l’Orchidée noire par exemple).

De nombreux forums existent pour répondre aux novices ou à toute personne curieuse (dans le bon sens du terme). Nous pouvons citer les forums suivants : S et M, le Dojo…..

L’Antre propose des questions et réponses, le cercle du BDSM possède deux rubriques « philosophie » et « opinions » disposant de textes théoriques ou de textes temoignant de pratiques personnelles, l’Orchidée noire propose un forum : « vous vous posez beaucoup de questions sur les pratiques BDSM venez ici posez vos questions et profitez de l’expérience des membres du forum… », et la liste n’est bien sûr pas exhaustive.

Mais ce n’est finalement pas le seul souci d’expliquer aux incrédules ou aux novices qui semble motiver les explications. Comme si l’introspection faisait partie intégrante des pratiques BDSM. Même sans chercher à expliquer aux autres, on s’explique pour soi, on compare, analyse. Les forums bdsm sont donc riches de notations, de narrations de ressenti et de réflexions. Des sites mettent à disposition des ressources sur le BDSM : textes, réflexions personnelles, récits… On peut citer Cercle O en français ou encore Vanilla-not en anglais. Des blogs relatent et questionnent.

Ce que j’appelle l’intellectualisme ambiant ne serait-ce pas aussi dû à la necessaire intellectualisation des pratiques ? La D/s intellectualise la relation, scénarise, joue de l’attente, comme l’explique Caïman sur cette page du site L’antre de la bête : « Le coté cérébral a une importante utilité. Il aide à se concentrer, à entrer dans le jeu. Sans cérébralité, ce jeu perd toute sa valeur, toute sa recherche de symbiose, il n’en restera que des souvenirs fades et douloureux. »

De là à imaginer que le BDSM serait pratiqué par des personnes de niveau culturel élevé, voire de catégorie socio-professionnelle élevée, puisque dans l’esprit commun les deux se trouvent souvent liés, il n’y a qu’un pas. La question de ce « niveau » intellectuel et social se pose sur différents sites : Nouvelles tentations pose la question et Doctissimo dans l’interview de Daniel Welzer-Lang, maître de conférence en sociologie à l’université de Toulouse et spécialiste de la construction sociale de la sexualité…

Agnès Giard, dans un article de son blog Les 400 culs, pose facétieusement la question suivante,  les sado-masos sont-ils des bobos ? et y répond : « les seules personnes qui acceptent de témoigner à visage découvert sont les dominatrices. Quand on leur demande qui sont leurs clients, elles répondent : «Des médecins, des avocats et des PDG.» Mensonge par omission. Certaines ajoutent : «Vous comprenez : les PDG ont de lourdes responsabilités, alors ils ont besoin de compenser dans leur sexualité, en se laissant dominer à leur tour…» (Comme si on choisissait sa sexualité après avoir choisi son métier). En réalité, les clients des dominatrices viennent de toutes les franges de la société. Gardien d’immeuble, maquettiste, vigile, aide-soignant, technicien en imprimerie, petit commerçant… Il y a de tout chez les dominas. »

Pourtant… si nous revenons sur l’interview de D. Welzer-Lang pour Doctissimo, cité plus haut, nous trouvons ceci : « J’ai une étudiante en une thèse qui travaille sur les professionnelles du sexe (les F_zoku-j_) au Japon, où l’on compte plus de 600 clubs sadomasochistes. Beaucoup plus répandus qu’en France, ces clubs accueillent des cadres stressés qui viennent s’y détendre en tant que soumis. »

Ce qui corrobore avec ce que me raconte D. : « Alors là, le coté CSP+ de « on se la joue cadre sup’ intellectuels », c’est vrai que c’est assez récurrent, mais comme pour beaucoup de situations « intellectualisées ». En discutant un jour avec mon ancien PDG, soumis honteux notoire, je me suis rendu compte que les soumis ou soumises étaient souvent des gens ayant de fortes responsabilités dans leurs vies, professionnelles ou familiales et qui ressentaient le besoin de s’en remettre entièrement à un autre pour décompresser… Choses que j’ai largement eu l’occasion de vérifier par la suite au cours de mes rencontres. Je ne sais pas si c’est une raison profonde, mais ca me semble être une bonne justification. » et, plus tard : « Une soumise récente que j’ai connu destressait en se faisant cravacher, fortement… Et disait que de devoir se concentrer pour accepter la douleur sans broncher lui permettait de se vider la tête de ses nombreux soucis professionnels et personnels… »

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La D/s serait donc un moyen de « changer de rôle » ? D’ôter sa peau pour en revêtir une autre (ou de l’ôter pour mieux laisser apparaître ce que l’on est) ? Dans quel mesure peut-on parler de jeu de rôle ?

Je me suis retrouvée face, d’après mes lectures, discussions etc., à deux situations totalement  différentes : où l’on peut considérer la D/s comme une forme de jeu de rôle momentané au sein d’un couple principalement, où le rôle tenu par chacun peut varier, de dominant à dominé, de dominé à dominant, d’un jour sur l’autre voire dans la même unité de temps où se déroule le jeu OU considérer la D/s non comme un simple jeu mais une implication plus profonde de la personnalité de chacun, où les rôles de dominants et de soumis seraient fixes et ancrés dans l’être.

Le dossier « Psychologie de la domination-soumission » de Nouvelles tentations propose ainsi en complément un très intéressant témoignage sur la situation d’un couple qui revêt l’un l’autre un rôle changeant. Une personne pouvant ainsi changer de rôle est nommé « switch ». Ce témoignage pourrait éclairer partiellement cette première situation que je citais. Discutant par la suite avec Dr Xu sur le sujet, je manifestais mon étonnement. Dr Xu, qui m’a permis de reprendre ses propos écrits dans le cadre de cette discussion, ne s’en étonnait pas le moins du monde, puisqu’il s’agissait de sa propre pratique de la D/s, dans le cadre de son couple. Je le cite donc :

« Pour moi, les deux rôles sont un jeu où seul compte le plaisir, celui que l’on donne ou celui que l’on reçoit, et c’est valable dans les deux situations. […] Quand j’attache ma chérie, pour lui faire subir tous les plaisirs qui me passent par la tête, c’est pour son plaisir, et donc le mien : caresses, pincements, fessée.. […] et si c’est elle qui me domine, je me contente de jouir de tous les supplices doux ou durs qu’elle me réserve. Je deviens passif au lieu de dominant. […] Je me demande si ce que nous faisons n’est pas tout simplement l’amour. »

Ainsi la D/s peut s’envisager avec simplicité, dans le cadre d’une relation amoureuse et peut revêtir un aspect essentiellement ludique.

Situation assez difficile à concevoir lorsque sa pratique est autre. D.,  avec qui j’évoquais la question, me donne ainsi sa vision du « switch » : « Je pense que ce ne sont ni des dominants assumés ni des soumis assumés et que les jeux de D/s ne sont pour eux que des jeux. Un dominateur (ou une dominatrice) ne se laisserait jamais soumettre, surtout par sa ou son soumis(e). Je ne me suis jamais posé la question, parce qu’elle ne me concerne pas, la seule fois qu’une femme a prétendu vouloir me dominer, elle s’est un peu cassé les dents… »

Nouvelles tentations d’expliciter ainsi : « Certains affirment : «Je suis absolument dominateur (ou dominatrice)», ou : «Je suis absolument soumis(e).» Leur problème, si l’on peut dire, est simple. Mais il n’y a pas que des personnes sûres de leur choix et de leur goût. On se rend compte en lisant nombre d’ouvrages, d’enquêtes, de témoignages, de forums – ce que nous avons fait –  que de plus en plus de personnes sont moins «profilées», et que leur tendance est plus ambivalente. On dit alors qu’elles sont «switch», ou, en français, «versatiles». Autrement dit, qu’elles intervertissent les rôles. »

Une question de profil ? De complexité liée à une personnalité double ? Et moi d’imaginer une sorte de Dr Jekyll – Mr Hyde de la D/s… L’étrangeté de cette perception m’a fait me poser des questions, encore, et lire le témoignage apporté par Monsieur Richard sur son blog : une jeune femme, soumise, qui s’essayait à la domination (mais en sa présence, presque sous sa direction, ce qui modère ce changement de rôle de la jeune femme). Je n’ai pas manqué de questionner Monsieur Richard à ce sujet qui n’avait pas de réponse toute faite pour cette situation : c’est une envie qu’il avait remarqué chez la soumise, il lui avait donc fourni lui-même de quoi satisfaire ce penchant en lui trouvant un soumis pour une première séance.

Une envie seulement ou un trait de caractère ? On peut ainsi apparemment trouver des personnes qui se jugent switch dans le cadre de jeux, la D/s étant partie intégrante de leurs jeux, mais de jeux seulement ou encore trouver des personnes qui revendiquent cette bivalence comme trait de leur personnalité.

Une situation particulière à noter vient dans la dualité d’une personne sur les deux dans le couple  dominant/soumis. A l’exemple de ce couple où l’homme domine une femme qui ne se soumet qu’à lui, mais où celle-ci domine à son tour et soumet d’autres hommes. La femme exerce ces deux rôles sous des noms différents… Maîtresse Catharine / katy, puisqu’elle signe son texte « réflexion sur les switchs » de ses deux pseudonymes, s’explique : « Je suis switch, ce qui veut dire que je suis une vraie dominante et une vraie soumise. […] Je suis les deux et je me sens bien de chaque côté. Je comprends bien les deux facettes du milieu et je me sens bien de chaque côté. Quand je suis soumise, je le suis avec tout mon cœur. Quand je regarde dans les yeux des mes soumis, je sais qu’ils savent que je suis leur Dominante. »

Rien n’est simple, en définitive dans la relation de dominant à dominé et réciproquement. Et l’on peut s’interroger sur les prérogatives de chacun. Qui domine l’autre ?  Si l’on en croit les paroles de D., la personne exerçant le pouvoir n’est pas nécessairement celle que l’on croit : « Pour ma part, et je l’ai toujours vérifié, je pense que le vrai « dirigeant » de l’association D/s est le ou la soumis(e). Puisque c’est lui ou elle qui définit les limites à ne pas dépasser, et c’est lui ou elle qui s’offre aux exigences de l’autre. » Sans compter que la relation à deux comporte volonté et désir de chacun, y compris le soumis ou la soumise. Un sujet du forum s et m s’intitule ainsi « ce que soumise veut », un autre « qui mène la barque ? » avec cette réflexion d’une soumise : « L’inégalité de notre relation cache en fait une profonde égalité. Les deux mènent la barque. Si je ne suis pas épanouie, si je ne me sens plus dans mon rôle, si je ne le trouve pas assez dominant alors je lui dis car j’ai l’impression de stagner et je ne me sens plus soumise. Ainsi, la relation prend un nouveau chemin de mon fait et j’ai l’impression à ce moment là d’être sortie un moment de mon rôle de soumise. » Mais est-ce réellement une sortie de son rôle ? Est-ce que le moteur de la relation n’est pas la personne soumise qui par sa soumission donne le pouvoir au Dominant ?

Imbroglio dont il est difficile de sortir…

Pour habiter ces rôles, qu’ils soient permanents ou versatiles, épisodiques ou exercés en continu (on trouve ainsi le sigle 24/7 pour signifier 24h/24 et 7 jours/7), faut-il se mettre dans la peau d’un personnage, adopter posture et costume ? Si bien des personnes se passent d’un « déguisement », certaines tenues peuvent être choisies pour soi et imposées à autrui dans le cadre du jeu (lingerie ou absence de lingerie, vêtements particuliers, matières particulières et c’est là que peut s’établir le lien avec une forme de fétichisme du cuir, du vinyle, etc., chaussures particulières comme des escarpins à plate-forme chez les dominas).

Spectaculaire, peut-être trop, puisque cet aspect pourrait cacher bien d’autres pratiques moins théâtrales, comme le remarque Aurora sur son blog dans son texte intitulé « BDSM, SM, Transgression et Déontologie: Les commentaires volatiles du blog « Les 400 culs » d’Agnès Giard« : elle y recopie notamment un commentaire censuré sur le blog Les 400 culs. L’auteur du commentaire, Remy s’explique ainsi : » « SM « costumé » et des jeux de rôles, mais ce n’est que la partie visible de l’iceberg ; beaucoup de gens se font dominer, attacher ou fouetter par leur partenaire sans pour autant revêtir des uniformes… Il s’agit alors de trouver du plaisir sexuel dans l’échange de pouvoir (power exchange, le fait d’autoriser quelqu’un à vous faire des choses ordinairement considérées comme « mal », et symétriquement, le fait de prendre le pouvoir sur quelqu’un) ou tout simplement dans la douleur ; il n’y a pas là la moindre caricature, et pas non plus de « simulation » ni de « second degré ». » Ces déguisements, donc, certes existants, ne sont qu’une part infime de ce qui peut se faire…

Les déguisements eux-mêmes, lorsqu’ils existent,  peuvent être utilisés en fonction des fantasmes de chacun : Maîtresse Patricia est notamment spécialisée dans le nursing, invitant ses soumis à se présenter avec une couche tandis qu’elle même revêt un costume approprié. Les rôles liant des professions exerçant un pouvoir ou des situations de la vie courante (avec infantilisation d’un personnage) peuvent donc être utilisées. Dans son guide Osez… la fessée, Italo Baccardi décrit ainsi des fessées punitives avec costumes (écolier, écolière notamment).

La pratique a ses partisans et ses critiques. MélieMélo dresse justement une critique qui me semble pertinente, je la cite donc : « Le sm, la Ds, qu’on appelle ces jeux comme on veut, je les conçois dans n’importe quelle configuration, mais pas dans ce rapport m’évoquant une relation pseudo-paternisante, la partenaire se déguisant en écolière d’école privée catho bcbg. […] J’ai le sm aimant, amoureux, sexuel. Je ne m’imagine pas au coin les mains sur la tête, une culotte petit bateau aux chevilles, pour ensuite redevenir aux yeux du pater fouetteur une amante subissant avec envie, désir et jouissance des gestes qui sont tout sauf.. enfantins. »

Dans le cas de figure d’une mise au piquet d’un ou d’une élève, il s’agit d’une mise en scène visant à humilier l’autre. Ce qui nous amène naturellement vers la question des pratiques.


pratiques, sécurité, rencontres

Impossible de faire le tour des pratiques, puisque tout dépend du goût et de l’imagination de chacun. Nouvelles tentations propose une grande liste que vous pouvez consulter sur cette page et les suivantes. Un blog dont je tairai le nom propose un test de soumission : tant de points attribués pour l’acceptation, la parfaite réalisation de telle pratique. Comme le principe me semble plus que douteux et surtout  totalitaire (le bon soumis / la bonne soumise doit-il /doit-elle répondre à certaines normes communes ? La soumission est-elle une compétition ?), je ne ferai pas d’autre commentaire sur ce test. Nous ne nous attacherons donc ici qu’à quelques points et quelques pratiques seulement découlant de ces idées : l’obéissance, l’humiliation, l’attente, la punition.L’obéissance, vaste terme. L’un dirige l’autre, c’est un fait. Mais pour faire quoi ? Ce que l’autre accepte qu’il lui soit fait, avec l’ajout parfois de l’étrange jeu de frôler la limite imposée. Obéir, c’est respecter des ordres donnés, délimités dans le temps ou fixes.Obéir, c’est jouir une fraction de seconde de la possibilité de ne pas obéir mais de choisir de s’en remettre à l’ordre et de le suivre, c’est jouir une fraction de seconde de la possibilité d’être ou de n’être pas obéi et de l’être finalement.P. Khayyam décrit ce moment en donnant un exemple dans son texte « Subspace, jouissance de la soumise » : « Catherine avait hésité un instant, un tout petit moment au-delà des mots et du temps, puis elle avait obtempéré. Et sans même le savoir, tous deux avaient joui, durant cette fraction de seconde. Subspace… le terme est allégorique, qui décrit ce moment où la soumise se sent plus dévouée et obéissante que jamais comme un véritable monde parallèle, un espace-temps où les réalités sont altérées, une dimension où les pensées sont biaisées, où l’obéissance règne, où seuls comptent les mots et actes du dominant. »Ce terme suspace, que l’on rencontre parfois ici et là, est alors défini ainsi : « Le subspace, c’est la volupté dans la soumission. », la volupté tirée d’une fraction de seconde avant l’obéissance, de se savoir obéissant.

Revenons plus généralement à l’obéissance : on pourrait différencier des règles que le soumis doit respecter en permanence, parfois fixées par écrit, des ordres temporels. Que le soumis se mette à quatre pattes est un ordre délimité dans le temps, que le soumis ne s’adresse à son Dom que sous une certaine formulation peut être une règle et donc s’appliquer en permanence.

Les sites et blogs foisonnent de règles que certains peuvent juger applicables et surtout à appliquer par tous, il en va ainsi d’un texte qui traîne de site en site appelé « les 12 règles de la soumission » contre lesquelles met en garde notamment Maître Déphysios : « Certains Maîtres vont aussi tenter de faire croire aux femmes que si elles ne sont pas capables d’appliquer ces règles, c’est qu’elles ne sont pas de vraies soumises. Sachez que c’est à la soumise de définir ce que doit être sa soumission et de choisir elle même le Maître qui prendra sa destinée en main. La soumission doit vous grandir et non vous détruire. »

Nous éviterons le Diktat  de ces pages et ne fournirons donc qu’un exemple de règles personnelles et jugées telles : règles observées par Mien.

Internet regorge moins d’exemples concrets de situations que de textes théoriques. Dame Saida explique ainsi : « Je ne divulgue pas mon SM, j’évoque, j’insinue… Je n’aime pas dévoiler les secrets. »  Maître des jeux évoque la part d’intimité nécessaire. Certaines pratiques sont donc évoquées avec distanciation. Notons par exemple la forniphilie, qui consiste en l’utilisation de son soumis comme meuble,  mise en scène par Cercle O à travers billets et photographies.

Les punitions sont davantage évoquées par le biais d’objets et non par le récit des punitions elles-mêmes. Certains sites par contre se spécialisent dans l’expression d’une punition particulière : la fessée, qu’elle fasse ou pas partie intégrante d’une pratique de D/s. On peut citer notamment Au fil des jours, Discipline domestique, Galerie photographique de Red Charls

Certains blogs, bien sûr, mettent en avant de manière ostensible certaines pratiques, accompagnant l’ensemble de photographies où les chairs s’exposent. Dame Saida parle d’étalage de viande. Je ne suis pas bouchère et m’abstiendrai donc d’en faire écho.

Parce qu’il y a finalement beaucoup de pudeur qui se dégage de çi de là, je vous propose de lire deux scènes qui ne sont pas des narrations de faits mais des scènes relevant de romans, avec leur part de « vérité » et leur part de stylisation.

Premier texte, extrait de Captive de Valérie Boisgel :

Puis vous tendez la chaîne à l’homme-invité. Il me promène lentement dans la chambre, m’éloignant, me rapprochant de vous. Je suis délicieusement excitée par cette situation nouvelle pour moi. Je me sens votre esclave, esclave du plaisir, le vôtre, le mien. Un fantasme enfoui au fond de moi depuis bien longtemps. Quand j’arrive tout près de vous, vous m’enlacez, glissez votre main dans ma louve. Fouillez. Je suis toute mouillée. Vous me demandez de me mettre à quatre pattes. Comme une chienne. J’évolue ainsi un long moment. Je devine votre regard dans la fente de mes fesses. Je creuse bien les reins. Mes hanches ondulent à chaque pas. Vous devez voir mes lèvres dodues, mon trou noir. Ne bouge pas, reste comme ça. Vous venez derrière moi. Votre main flatte ma croupe. Vos doigts glissent entre mes fesses, descendent dans les poils. Vous me caressez. Donne-lui la fessée qu’elle mérite. Vous êtes assis au bord du lit pour tout voir. L’homme-invité se penche, commence doucement à frapper mon derrière qui s’esquive sous les coups de plus en plus forts. Les mouvement provoqués doivent cacher et dévoiler mon oeiller noir. Mes hanches proéminentes, creusées par la guêpière serrée autour de ma taille. Je gémis à chaque coup infligé. La punition s’arrête.

Deuxième texte, extrait de Swinging Paris de Gabriel Buffet (p.85):

Ôte ta jupe et ton corsage, Caroline ! Et va chercher sur la console de l’entrée ce que j’ai préparé pour effectuer ton service. Et dépêche-toi ! Même si elle fut un peu surprise de la tournure que prenait cette rencontre, elle n’en fut pas déstabilisée, plutôt agréablement troublée. Elle ôta ses vêtements devant eux avec lenteur, roula son soutien-gorge sous ses globes laiteux, les faisans saillir encore un peu plus, puis se dirigea vers la console. Un collier de cuir, une laisse en métal et deux paires de menottes l’y attendaient. Apporte-les nous ! Voulez-vous les poser vous-même à notre accorte soubrette ? Avec grand plaisir, chère amie. Il prit tout d’abord une première paire de menottes reliées par une chaîne assez longue et les referma sur ses chevilles. Il fit de même avec ses poignets. Puis il lui demanda de s’agenouiller pour lui poser le collier et y fixer la laisse. N’est-elle pas superbe ainsi ? Je dirais même faite pour les porter ! Une créature de fantasme. Tu vas aller à la cuisine. J’ai tout fait livrer par le traiteur. Tu nous serviras, c’est tout. Et tant qu’Antoine est là, pour toi, c’est Monsieur et Madame. Compris ?

Ces passages romanesques jouent néanmoins sur le côté spectaculaire, dans le sens où un public est présent, un invité regarde et participe, de même que nous sommes invités en tant que lecteurs à lire et à apprécier le spectacle.

(Pour les amateurs de lecture, je fais une parenthèse : on peut citer le site rêve de femmes qui propose un grand nombre de récits ou encore revebebe qui dispose d’un nombre non négligeable de récits bdsm sans que le site ne soit spécialisé : pour les trouver, faire une rechercher par thème ou critère. Avec le thème « homme soumis » par exemple, on obtient cette page.)

Or, ce qui peut être une pratique devant autrui ne l’est pas nécessairement dans l’intimité. Il faut différencier pratiques extérieures et pratiques domestiques. On peut théâtraliser la relation dans un lieu particulier (le « donjon »), avec une ambiance particulière (et les photographies disponibles sur certains sites jouent sur la carte de l’ambiance feutrée, avec des couleurs rouges bien souvent et une lumière tamisée, certains sites proposent une discographie idéale dans laquelle on retrouve Enigma en première place, avec notamment le titre Mea Culpa…), on peut théâtraliser la relation par le port de certains vêtements, mais qu’en est-il chez soi ?

D. Me raconte : « Tu trouves des gens simples et « normaux » dans ce monde… qui vivent leur relation de D/s naturellement, sans en faire des tonnes… Ma derniere soumise en date se mettait à genoux sur le tapis à mes pieds pour regarder la télé le soir, sans la moindre ostentation, de même qu’elle me servait à boire ou m’allumait mes cigarettes, par plaisir. Et les soirs où nous « jouions » étaient moins nombreux que les soirs « soft »… mais toutes nos pratiques sexuelles étaient marquées de cette relation…  » Autrement dit, ce qui se lit, se voit, n’est peut-être pas le reflet fidèle d’une réalité quotidienne et ma tâche d’évoquer les pratiques se trouve finalement vaine…

Tout au plus puis-je donner de grandes lignes… D’une manière générale, on peut dire que dans ces pratiques, il s’agit de contraindre l’autre, physiquement (bondage, que ce soit avec des cordes, des chaînes ou des menottes, position d’exhibition, interdiction de jouir sans autorisation…) et/ou moralement (avec un jeu basé sur l’attente par exemple), tester l’obéissance et aboutir à ses corollaires : récompense et châtiment. Tout est progressif, d’où le terme d’initiation que l’on rencontre souvent, ou encore d’éducation.

Il est aisé de comprendre que le choix de son partenaire dans un couple dominant/dominé revêt la plus grande importance. Que ce choix ne peut pas se faire à la légère, que Dom et soumis ont des droits et des devoirs l’un envers l’autre et qu’il s’agit pour l’un et pour l’autre de fonder une relation basée sur le respect et la communication. Le Dom a pour devoir de garantir la sécurité et veiller à la bonne santé du soumis. Si certains (et dans le cas de mes lectures, il s’agissait d’une « Maîtresse ») annoncent que ses esclaves n’ont aucun droit, prudence… Cela va à l’encontre de toute déontologie.

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Évoquons à présent la notion de sécurité.

Les jeux ont une limite, celle fixée par le soumis, celle du supportable. Pour que cette limite puisse être reconnue, le soumis doit pouvoir arrêter à tout moment le jeu. Par quel moyen ? Un mot ou un geste prédéfini. C’est le safeword, dont Wikipedia rappelle ainsi l’usage   : « Dans un souci d’éviter toute confusion avec d’éventuelles suppliques qui seraient simulées dans le cadre du jeu SM, les partenaires conviennent en général d’un « mot magique » qui sera sans ambiguïté reconnu en tant que safeword verbal. » La discussion de Wikipedia fait intervenir Maîtresse Françoise à propos de ce safeword en ces termes : « Puis le fameux mot de passe, bon faut bien en parler de ce satané mot de passe, on devrait le mettre dans le dico bdsm pour les nuls. Alors pas la peine d’en faire une dissertation juste à employer pour les inexpérimentés. Car si on est bien à l’écoute de l’autre on n’en a pas besoin. C’est comme aller voir un film à suspens en connaissant la fin. Les masochistes sont d’autant plus excités et jouissent d’autant plus qu’on a l’art de cultiver ce suspens, de faire peur, juste ce qu’il faut. S’il ou elle sait qu’il ou elle peut arrêter à tous moments cela n’a plus d’intérêt bien évidemment. Comme la plupart ne savent pas observer, écouter le corps qui parle, suivre les regards, faut bien les laisser se convaincre qu’il y a un mot de passe, en tous cas sans moi. » Pratique qui n’est pas unanimement partagée, mais qui doit se remplacer dans ce cas par une excellente connaissance des limites du soumis. L’approximation n’est pas de mise, il s’agit d’une surveillance de tous les instants. Et bien souvent ce safeword existe réellement.

Il est même fortement recommandé : P. Khayyam en explique sur cette page de manière très détaillée son importance. « parmi les mots échangés entre les protagonistes lors d’une « scène » BDSM, tout ce qui n’est pas safeword est jeu. » Autrement dit, tout mot sollicitant l’arrêt, la pitié, n’est là que pour faire partie du jeu. Le safeword est la seule condition à un arrêt de celui-ci. Le mot « safeword » lui-même peut-être le safeword. Il a ainsi le mérite d’être compris de tous, même lors de participations autres que celle du couple dominant/dominé seul. Si la personne ne peut s’exprimer verbalement, un autre signe doit pouvoir lui permettre d’arrêter le jeu à tout moment. P. Khayyam propose un trousseau de clefs ou une clochette que le soumis laissera alors tomber à terre.

Autre notion de sécurité à laquelle certains sites peuvent faire écho : celui du bon choix pour le soumis de son maître. Vanilla-not insiste beaucoup sur ce point et définit des règles de sécurité à appliquer pour la première rencontre et pour la première séance. Peur du loup ? Surtout crainte que certaines personnes se disant là pour dominer n’abusent de la crédulité de personnes inexpérimentées, que certains « maîtres » ne se changent en tortionnaires, voire, avec ce fait divers rapporté par le site, que le « maître » ne soit qu’un meurtrier. J’évoque le pire, bien sûr. Mais, dois-je le préciser ?, juste parce que cela existe : il ne faut pas faire d’un cas une généralité, heureusement…

Pour revenir sur ces règles de sécurité mentionnées par Vanilla-not, certaines se rattachent au bon sens : on ne va pas n’importe où avec n’importe qui sans un minimum de précautions préalables. Ce que l’on ne fait pas dans la vie courante, pourquoi le ferait-on dans le cadre du BDSM ? Un peu de bon sens et de réflexion sont donc tout à fait de mise.

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Enfin, cette personne, maître ou soumis, selon le cas qui est le sien, où le (ou la bien sûr : si j’utilise le masculin, c’est pour englober les deux sexes) rencontre-t-on ?

La question même de la rencontre pourrait se poser, puisqu’il existe une domination qui se dit « virtuelle ». Elle a ses amateurs, mais ses limites : difficile de sentir les réactions d’autrui derrière un clavier comme le raconte Maître Lee.

Il est amusant de constater que les petites annonces de « rencontre » affluent sur Internet. En voici quelques exemples..

Sur un forum de fluctuat :

« Vous êtes une femme parfois fautive par caprice ou insolence ? Homme cérébral, très viril et sensuel, 29 ans, dirigeant, sportif, ayant une bonne expérience des fessées éducatives et érotiques… pour relation disciplinaire sur 06 & 83 si vous la méritez: fessée donnée chaque fois qu’il le faudra, de manière ferme et juste, après aveu des manquements, robe relevée et culotte baissée, sur les genoux de votre maître ou allongée sur une table. Mise au coin ensuite fesses nues mains sur la tête. Autres punitions possibles mais pas de sm. Règles de base: respect des désirs et discrétion. Si vous êtes intéressée et sérieuse, envoyez-moi une candidature avec présentation et motivations. »

Sur femina, une petite annonce qui sous-entend davantage la recherche qu’elle ne l’exprime :

« je suis un jeune homme très charmant de 22 ans. J’ai de nombreuses ‘prétendantes’, mais je ne suis attiré que par les jeux de domination soumission, et si possible avec des femmes plus mûres. C’est un sujet tabou et je n’ose jamais trop en parler avec mes partenaires. Comment faire ? Est ce que beaucoup de personnes partagent cette envie?J’attends notamment des témoignages et des avis de femmes afin de m’éclairer. Par avance merci. »

Les forums de sites « vanille » ne sont pas les seuls endroits où regorgent de telles annonces sur Internet. L’utilisation de son blog pour définir sa recherche semble communément utilisée (exemple : « une soumise désespère de rencontrer un Maître »), ou alors utilisation des commentaires sur un blog pour passer en douce sa petite annonce ou répondre à l’une d’elles Sans compter l’existence de forums avec rubriques spécialisées dans cette recherche : soumise cherche Maître, Maître cherche soumise.

A ce propos…. Pourquoi soumis est-il toujours au féminin, Maître au masculin dans ce forum ? N’y aurait-il pas parti pris sur certains sites, un peu de machisme ? Ou à l’inverse, d’après l’affirmation de certaines femmes aimant dominer des hommes, un féminisme mal placé (je dirais même une forme de vengence d’après ce que j’ai pu lire.) ? La domination serait-elle par moments une forme de guerre des sexes ? P. Khayyam explique son choix de l’emploi du masculin et du féminin sur son site avec simplicité : goût pour le vocable féminin de soumise. Pour ce qui est des raisons moins linguistiques, je préfère fermer la parenthèse. Opinion de certains à laquelle je ne préfère pas donner de portée générale.

Les annonces et propositions font souvent appel à un vocabulaire professionnel : il s’agit d’adresser une candidature, d’expliquer ses motivations. Le sérieux est requis. Pour certains…

Seulement beaucoup de réponses à ces messages, voire les messages eux-mêmes ressemblent parfois à un peu tout et n’importe quoi, petites annonces où les personnes mettent en avant leur qualités physiques telles que la taille de bonnet, voire dans certains cas décrivent un physique tout entier et rien d’autre… en oubliant qu’un rapport de domination se fonde sur autre chose…


Les organes sexuels chez la femme et l’homme

Le système reproducteur, appelé aussi appareil génital ou reproducteur, est le système biologique constitué de l’ensemble des organes anatomiques affectés à la reproduction : on parle des organes sexuels. Ces organes sexuels permettent la fécondation d’un spermatozoïde et d’un ovule, c’est-à-dire à donner naissance. Ils sont différents selon que nous soyons un homme ou une femme.

Anatomie féminine :

Pour les femmes, ces organes se situent principalement à l’intérieur de l’abdomen. À droite et à gauche de l’utérus se situent les ovaires, qui produisent les ovocytes. Les trompes « de Fallope », permettent la descente de l’ovocyte vers l’utérus. L’utérus est relié au vagin par le col de l’utérus.

une animation en flash (source : biologieenflash.net) :

Anatomie masculine :

Pour les hommes, leurs organes sont en partie à l’extérieur de l’abdomen. Les testicules produisent des spermatozoïdes, qui sont envoyés vers la prostate (à travers le canal déférent). De là, ils remonteront à travers le pénis et seront expulsés.

une animation en flash (source : biologieenflash.net) :

 

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NOTE : Les images proviennent des sites : http://www.ta-sexualite.com/ et http://www.masexualite.ca/